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Rencontres Latines - 2019

avec le soutien de

 

La 34e édition des "Rencontres latines – Concours de version latine "Marius Lavency"- s'est déroulée le mercredi 13 mars 2019 de 09h00 à 13h00 à l'Université Catholique de Louvain à Louvain-la-Neuve. Ce concours est destiné aux élèves de 6ème option latin.
Plus de 600 élèves  de 6e de l'enseignement libre francophone et germanophone ont répondu à l'appel.
Bravo à tous les participants !

(Pour s'y rendre : https://uclouvain.be/fr/decouvrir/access-louvain-la-neuve.html)

 Documents à télécharger en version imprimable :

1er envoi (cliquez ici pour 1 & 2 / cliquez ici pour 3 / cliquez ici pour 4)
  1. l'invitation adressée aux directions des établissements d'enseignement secondaire de l'enseignement libre francophone et germanophone
  2. l'invitation aux professeurs de langues anciennes
  3. un bulletin d'inscription des élèves
  4. un bulletin d'inscription comme surveillant (le matin), correcteur (l'après-midi)
2ème envoi

Présentation du concours et Programme de la journée

L'objectif principal du concours, destiné aux élèves de 6ème option latin, est de permettre à de jeunes latinistes de tous horizons de se rencontrer autour d'un texte de Cicéron et de se mesurer avec lui. Dans cette optique, tout élève est le bienvenu. Il s'agira aussi de sélectionner les participants au concours international de version latine à Arpino (Italie).

dès 9h : accueil des participants
10h : début de la version (extrait d'une œuvre de Cicéron ; grammaire, dictionnaire ou lexique autorisés; pas de
                                                  notes de cours
)
13h : fin du concours - début des corrections
14h00 : activités de l'après-midi pour les élèves
16h30 : correction collective pour les élèves
17h30: proclamation des résultats

(sommaire)

Texte de la version

Itinéraire d’un orateur gâté

Dans le ‘Brutus’, composé en -46, Cicéron retrace l’histoire de l’éloquence. Il y évoque ses propres années de formation, à Rome d’abord, puis à Athènes :

Cum uenissem Athenas, sex menses cum Antiocho nobilissimo et prudentissimo
philosopho fui, studiumque philosophiae
(…) hoc summo auctore et doctore renouaui. Eodem tamen tempore Athenis apud Demetrium Syrum ueterem et non ignobilem dicendi magistrum studiose exerceri solebam. Post a me Asia tota peragrata est cum summis quidem oratoribus, quibuscum exercebar ipsis libentibus (…).

De retour à Rome, au début de sa carrière, il n’a guère rencontré d’orateurs réellement dignes de ce nom :

Nihil de me dicam ; dicam de ceteris, quorum nemo erat qui uideretur exquisitius
quam uulgus hominum studuisse litteris, quibus fons perfectae eloquentiae continetur ;
nemo qui philosophiam complexus esset, matrem omnium bene factorum beneque dictorum ; nemo qui ius ciuile didicisset, rem ad oratoris prudentiam maxime necessariam ; nemo qui memoriam rerum Romanarum teneret, ex qu
ā ab inferis locupletissimos testes excitaret ;  (…) nemo qui delectandi gratiā digredi parumper a causā [posset] ;
nemo qui ad iracundiam magnopere iudicem, nemo qui ad fletum posset adducere (…).

 

 Cicéron, Brutus, 315 + 322 (passim)  

Vocabulaire

ligne 3 :  Demetrius Syrus : Démétrius de Syrie

l. 4 :  exerceri  (passif à sens réfléchi) : s’exercer, faire des exercices

l. 5 :  libens, libentis :  qui agit volontiers, de bon cœur, avec plaisir

l. 6 :  exquisite  (adv. ; comparatif : exquisitius) : avec beaucoup de soin, de manière approfondie

l. 7 :  studere litteris : étudier la littérature (litterae, arum)

l. 8 :  complecti, or, complexus sum  :  embrasser, entourer de ses soins

l. 10 :  locuples, locupletis :  riche ; sûr, digne de foi ;  res Romanae : ici : l’histoire romaine

          aliquem ab inferis excitare : faire sortir qqn des enfers, évoquer, ressusciter

l. 11 :  gratiā (précédé du génitif) : en vue de, pour

          digredi a causā : « s’éloigner de la cause » = « faire une digression en plaidant »

l. 12 : adducere, o  :  amener à

 

(sommaire)

Traduction de la version

Traduction du lauréat  Benjamin DETRY du Collège Notre-Dame de la Paix (Erpent)

 

Alors que je m’étais installé à Athènes, je fréquentai durant six mois le très noble et non moins avisé philosophe Antiochus, et me replongeai dans l’étude de la philosophie (…) grâce à cet immense auteur et savant. Ceci dit, à la même époque, à Athènes, j’avais pour habitude de m’exercer assidûment auprès du vieil et bien renommé Démétrius de Syrie, mon maître en rhétorique. Par après, je sillonnai l’Asie tout entière, accompagné, bien sûr, des plus brillants orateurs, qui se donnaient à cœur joie que je m’exerçasse à leurs côtés (…).
Je ne compte pas parler de moi ; je parlerai des autres, dont il n’y en avait pas le moindre qui semblât avoir étudié la littérature de façon plus approfondie que le commun des mortels, alors qu’elle contient en elle-même la source d’une éloquence maîtrisée ; pas le moindre qui embrassât la philosophie, mère de toutes les bonnes actions comme des belles paroles ; pas le moindre qui eût appris le droit civil, la chose la plus nécessaire pour à la prudence d’un orateur ; pas le moindre qui cultivât le souvenir de l’histoire romaine, qui permettait pourtant de rappeler des enfers les témoins les plus dignes de foi ; (…) pas le moindre qui daignât, l’espace d’un instant, s’écarter de son sujet pour charmer son auditoire ; pas le moindre qui parvînt à faire sortir un juge de ses gonds ou à lui arracher quelques larmes (…).

Traduction  de Jules Martha, Les Belles Lettres, 1923

Arrivé à Athènes, je passai six mois avec Antiochus, le plus renommé et le plus savant philosophe (de la Vieille Académie), et auprès de ce maître, qui était à la fois un penseur original et un professeur excellent, je recommençai l’étude de la philosophie (…). Dans le même temps, à Athènes, auprès de Démétrius de Syrie, rhéteur âgé et assez renommé, je m’appliquais souvent à faire des exercices <oratoires>. Ensuite, je parcourus toute la province d’Asie, accompagné des plus grands orateurs, qui dirigeaient mes exercices avec complaisance. (…)
Je ne veux rien dire de moi : je parlerai des autres. Or, parmi ces autres, il n’y en avait pas un seul qui parût avoir, plus que la moyenne du public, étudié de près la littérature, où se trouve la source de l’éloquence parfaite ; pas un qui eût embrassé la philosophie, la mère de toutes les belles actions et de toutes les belles paroles ; pas un qui eût appris le droit civil, chose très nécessaire pour (assurer la défense des causes privées et) fournir des idées à l’avocat ; pas un qui possédât l’histoire romaine, pour y trouver (au besoin) les témoins les plus qualifiés et les évoquer des enfers ; (…) pas un qui, pour amuser, sût parfois faire des digressions ; pas un qui sût provoquer chez le juge un violent mouvement de colère ; pas un qui sût lui tirer des larmes (…).

Traduction  de François Richard, Garnier, 1934  (<  Itinera Electronica) )

Arrivé à Athènes, je restai six mois près d’Antiochus, le plus célèbre et le plus sage des philosophes (de la Vieille Académie) ; mon goût pour la philosophie se raviva auprès de ce grand savant, qui était en même temps un grand maître (…). Au même moment, à Athènes, sous la direction de Démétrius Syrus, vieux rhéteur non sans valeur, je mettais tout mon soin à faire des exercices. Ensuite, je parcourus toute l’Asie, en compagnie de grands orateurs qui, très volontiers, me guidaient dans mes exercices. (…)
De moi, je ne veux rien dire : je parlerai des autres. Pas un seul ne semblait se distinguer du vulgaire par le soin et l’application aux études littéraires, source d’une éloquence parfaite ; pas un seul n’avait embrassé la philosophie, cette mère de toutes les belles actions, de tous les beaux discours ; pas un n’avait étudié le droit civil, connaissance absolument indispensable pour (plaider au civil et) acquérir des idées ; pas un seul ne connaissait l’histoire romaine, qui permet (en cas de besoin) de faire revenir des enfers les témoins les plus dignes de foi ; (…) pas un seul ne savait, pour plaire, faire une légère digression ; pas un seul ne réussissait à exciter chez les juges une violente colère ou à faire couler leurs larmes (…).

 

 

(sommaire)

Résultats :

   1. DETRY Benjamin, Collège Notre-Dame de la Paix (Erpent)

   2. DÔ Emilie, Centre Scolaire Saint-Michel (Etterbeek)

   3. IMPENS Marion, Centre Scolaire Saint-Michel (Etterbeek)

   4. LEQUEUE Catherine, Collège N.-D.-de -la-Tombe (Kain)

   5. SOUMOY Mathias, Institut Saint-Louis (Namur)

   6. HAVAUX Cassandre, Centre scolaire du Sacré-Cour de Jette (Jette)

   6. LORETTE Alix, Collège du Christ-Roi (Ottignies)

   8. DE ROOVER Sarah, Collège N.-D.-de -la-Tombe (Kain)

   9. BENAOUF Nabil, Centre Scolaire Saint-Michel (Etterbeek)

   9. RONSE Jessy, Institut de la Vallée Bailly (Braine L'Alleud)

   11. ARNOULD Clément, Collège Notre-Dame de Bonne -Espérance (Vellereille-Lez-Brayeux)

   12. HANCE Vittoria, Collège du Christ-Roi (Ottignies)

   12. HENNEN Inès, Institut Sainte-Marie (Rèves)

   14. BOCKEN Lucie, Collège du Christ-Roi (Ottignies)

   14. DEFRAIGNE Laurence, Institut Saint Dominique (Schaerbeek)

   16. NICOLL Benedikt, Pater-Damian-Sekundarschule (Eupen)

   16. TRAN-NGOC Kiën, Institut Saint Dominique (Schaerbeek)

   18. DAWANCE Thibaut, Collège Sainte-Croix et Notre-Dame de Hannut (Hannut)

   19. LANDRIEU Louise, Collège Notre-Dame de Tournai (Tournai)

   20. DE JAMBLINNE DE MEUX Eléonore, Institut de la Vierge Fidèle (Bruxelles)

   21. BLISTAIN Alix, Collège Saint-Vincent (Soignies)

Ont obtenu une mention : 

abogso Uriel

Banse Arthur

Beghin Florette

Bonheure Luka

Colin Maude

Colon Ludovic

coppin Emma

corbeau Julien

couplet Juliette

De Pryck Marine

Du Four Alix-Anne

gambone Alessio

hanotiaux Jordan

hebette Antoine

jara Sydney

Jonard Laure

locht Leslie

mirasola Anaïs

Nakwalekwenale Amani

nemry Noémie

Orban Amélie

Pisetta Baronis Guido

Plas Eloïse

Poloyko Daniel

poulaert Carla

Pynnaert Marion

quintart Leah

Talbi Yousra

terlinden Pauline

tyteca Louis

Vandeput Cugnon William

van Leeuwen Bruno

werenne Alionka

wezel Camille

YANGA BOKAMA Camron

Organisateurs, comité scientifique, comité d'honneur

Président d’honneur
Yves TINEL (Fondateur des « Rencontres latines ») 

Président
Didier XHARDEZ (Professeur à l'Université Saint-Louis -Bruxelles et sous-directeur au Collège Saint-Michel-Bxl)

Comité scientifique :

Dominique LONGREE (Professeur à l'ULg  -  Professeur à l'USL)
Muriel LENOBLE (Docteur en Langues et Littératures classiques)
Paul PIETQUIN (Chargé de cours à l'ULg)
Didier XHARDEZ (Professeur à l'Université Saint-Louis -Bruxelles et sous-directeur au Collège Saint-Michel-Bxl)

Comité organisateur :

Christelle DECROËS
Jean-Claude DUPONT
Noëlle HANEGREEFS
Michel ROSSEEL
Eric SCARPA

(sommaire)

Comité d'honneur :

XXX

(sommaire)

Allocution du Président des "Rencontres latines", Monsieur Didier XHARDEZ

Voici la version quelque peu remaniée de l’allocution prononcée par D. Xhardez à l’occasion de la proclamation des résultats de la 34e édition des « Rencontres latines », le mercredi 13 mars 2019, à l’Université Catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve).

 Au nom de l'équipe organisatrice de la 34ème édition des "Rencontres latines", je vous remercie de votre présence à cette proclamation. Bien sûr, l'affluence n'est pas aussi impressionnante que celle de ce matin, sans doute à cause de l'heure tardive et d’une météo peu clémente.

Mais clôturer cette journée dans la foulée directe du concours et des corrections, devant un public de choix, est pour nous la meilleure manière de couronner cette journée destinée à rassembler, autour du latin, élèves, professeurs et personnalités.

 Ce sont donc près de 600 rhétoriciens latinistes qui ont envahi les auditoires et qui, cette année encore, ont relevé le beau défi de la version latine.

Le texte soumis à la sagacité des élèves ce matin était tiré du « Brutus », l’un des nombreux ouvrages que Cicéron consacre à l’art de l’éloquence.
Il y rappelle combien un bon orateur se doit d’être formé à plusieurs disciplines : grammaire, littérature, philosophie, droit, histoire,… Autant de  compétences bien actuelles, au programme de nos Humanités et de ce que nous appelons toujours chez nous la RHETORIQUE (terme bien plus évocateur et riche que l’insipide « terminale » de nos voisins Français…)

Est-ce donc un hasard si le chemin menant à l’Université passe par cette rhétorique ? Est-ce un hasard si la couverture du magazine « Le Point » du 19 avril 2018 est consacrée à l’art de convaincre, en désignant Cicéron comme « le meilleur coach pour parler en public » ([1]) ?

Est-ce un hasard si le dossier de la revue « Sciences humaines » de ce mois de mars est consacré à l’art de parler ([2]) ?

Est-ce un hasard si le journal « Le Monde » intitula récemment son supplément « Idées »  « La politique, option latin-grec », en le sous-titrant : « L’Antiquité revient sur la place publique avec ses termes et ses concepts » ([3]).

Permettez-moi de citer les premières lignes de ce dossier du Monde :
« Le jupitérien Emmanuel Macron en est sans doute convaincu à la fin de ce mois de décembre : la roche Tarpéienne est proche du Capitole, il n’y a qu’un pas de la réussite à l’échec. Lui qui est né à la politique parce qu’il avait saisi le bon moment est maintenant puni pour sa démesure. Du kairos à l’hubris. (…) Ce goût pour l’antique est le symptôme de la crise que nous traversons
–crise politique, mais aussi, plus profondément, crise démocratique, qui nous contraint à questionner en profondeur nos institutions. Après tout, si Athènes a inventé le pouvoir du peuple (« democratia »), Rome a fondé la République (« res publica »). »  (fin de citation)

 Est-ce donc un hasard encore si le premier numéro de 2019 du magazine « Le Vif » s’intitulait « Grèce antique : pourquoi il faut s’en inspirer » ([4]) ?

Est-ce enfin un hasard si La Libre publiait ce lundi-même l’opinion d’un étudiant de 3e bachelier en droit qui explique tout ce qui lui a apporté l’étude des langues anciennes ([5]) ?

Non bien sûr, tout cela ne doit rien au hasard.

Et pourtant…

En 2006, il y a déjà 13 ans, lors de la proclamation de ce même concours de version latine, je citais Gilbert Sinoué qui, dans son roman « L’enfant de Bruges, écrit : «Comment convaincre les esprits figés que toutes les sources du savoir viennent de Rome, de Grèce, qu'il n'y a rien de blasphématoire dans la volonté d'exhumer les sculptures profanes et de rétablir les écrits de Pline, Platon, Apulée, Sénèque ? ».

2006, c’était l’époque du Contrat stratégique de la Ministre Arena qui fit du latin une « activité complémentaire » au 1er degré, avec une réduction d’heures et l’interdiction absolue d’y enseigner des prérequis.  

En 2011, je citais le Docteur Christian de Duve, Professeur à l’UCL et Prix Nobel de médecine, qui disait: « Nous sommes les seuls parmi tous les êtres vivants à posséder le pouvoir de sacrifier le présent pour un bien futur, de vaincre notre propre nature. Mais pour tirer parti de cette faculté, il faut l’éducation. Et pour éduquer, il faut des éducateurs. Et pour avoir des éducateurs, il faut des maîtres à penser, des guides, des sages . » ([6])

Des sages, des maîtres à penser, voilà bien ce qu’offre le patrimoine littéraire et artistique de l’Antiquité.

Jacqueline de Romilly, membre de l’Académie française, ne pensait pas autrement quand elle faisait le même pari de la liberté humaine, qui commence par celle de l’esprit : « Le meilleur moyen de réagir sainement dans la vie est de percevoir les idées avec une profondeur humaine qui leur donne leur vrai sens. La compréhension qui naît ainsi chez l’élève est la forme la plus haute de l’intelligence ». ([7])

Intelligence, intelligere,  inter legere "lire entre les lignes" ou intus legere "lire à l'intérieur", c'est précisément le travail du traducteur. Un exercice difficile certes, mais complet, où sensibilité et rigueur scientifique doivent s'épauler tour à tour pour rendre la pensée d'autrui avec nuance et l'exprimer dans un français correct.

Et en 2016, j’avais souligné qu’en Belgique, en Fédération Wallonie-Bruxelles comme en Flandre, n’avait pas encore été faite l’erreur irréversible dans laquelle se sont engagés par exemple les Français : celle de faire des langues anciennes des matières périphériques et devenues quasi moribondes. Et j’avais eu plaisir à citer la Ministre Milquet qui affirmait dans une réponse à une question parlementaire en Commission de l’éducation : « Je pense qu’il faut en premier lieu garder ces options. Il vaut mieux ne pas imiter les aventures françaises ».

Comment comprendre alors que le « Pacte d’excellence » s’entête à vouloir imiter le Collège unique français remis en question par Jean-Michel Blanquer, l’actuel Ministre de l’éducation nationale ? Le « Pacte d’excellence » veut allonger jusqu’à 15 ans un tronc commun dans lequel 4 misérables heures (au mieux) resteraient accordées au latin en 2e et 3e années : « une peau de chagrin qui ne permettra plus qu’une approche superficielle d’une discipline jusqu’ici exigeante et formatrice », selon les propos de l’Inspecteur Mogenet.([8])

C’est ainsi que, depuis 1970 et l’instauration du rénové, les langues anciennes n’ont cessé de voir diminuer le volume-horaire dévolu à leur enseignement. Aucune discipline n’a jamais subi telle injustice !  ([9])

Et pourtant :

« Le tronc commun n’est pas la solution », écrit l’ancien ministre Pierre Hazette, rappelant que cette idée du XXe siècle (!) est un échec et opposant aux propos péremptoires de Dominique Lafontaine (la « papesse » du tronc commun jusque 16 ans !) cette saillie d’Albert Einstein : « La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne ». ([10])   Et Mme Lafontaine et ses sbires de brandir les études scientifiques se référant à la Pologne ou à la sacro-sainte Finlande dont les contextes linguistiques, culturels et sociologiques sont bien sûr identiques aux nôtres… Cherchez l’erreur !

 « Je suis contre le tronc commun, c’est une erreur fondamentale», s’écriait en janvier 2018 Willy Borsus, le Ministre-Président de la Région wallonne, alter ego de Rudy Demotte en Fédération-Wallonie-Bruxelles (cherchez l’erreur !).  ([11])

« Il ne suffit pas d’un tronc commun pour gommer les inégalités, pas plus que son absence n’est seule à les créer », écrivait aussi le philosophe de l’ULB, Vincent de Coorebyter  ([12])

 Plutôt que de laisser à tous les jeunes de 12 ans l’opportunité d’accéder à l’étude du latin pour la poursuivre durant 5 ans de manière sérieuse, le Pacte d’excellence réduit ainsi quasi à néant les efforts accomplis par plusieurs générations d’enseignants pour moderniser leurs pratiques au bénéfice du plus grand nombre. Cela en cédant à la « pédagogie du renoncement » ([13]) ou de la procrastination, qui consiste à éviter ou reporter les difficultés, avec des conséquences dramatiques dans l’enseignement supérieur, particulièrement pour les étudiants défavorisés. ([14]) 

 Est-ce jouer les Cassandre que de craindre que les langues anciennes ne deviennent moribondes dans l’enseignement secondaire belge francophone, tant la place qui leur est accordée se réduit et semble devenir, comme en France (sauf dans le privé !), une simple consolation offerte aux derniers irréductibles ? Le problème est que Cassandre avait toujours raison… Et qu’en Flandre les jeunes latinistes bénéficient toujours d’une formation des plus sérieuses. Cherchez l’erreur…

Mais trêve de réflexion, revenons à des choses plus réjouissantes !

 Gratia mater uirtutum, « la gratitude est la mère des vertus ». Mon devoir et mon plaisir sont maintenant de remercier tous ceux sans lesquels cette journée n'aurait pu se dérouler dans les meilleures conditions.

 Permettez-moi de saluer tout particulièrement

-   Yves Tinel, le Président-fondateur des "Rencontres latines, qui les a portées sur les fonts baptismaux en 1985. Il est accompagné de Monsieur Marco Tullio, President des Laziali nel mondo, l’association qui réunit tous les Italiens originaires du Latium, la région de Rome et d’Arpino, deux cités bien sûr étroitement liées à notre concours.

-     le Recteur de l’Université Catholique de Louvain, cette belle institution que je remercie vivement de nous avoir à nouveau accueillis : ouvrir ses murs à plusieurs centaines d'élèves est un réel défi qui a pu être relevé d’abord grâce au soutien des autorités universitaires, mais aussi grâce au travail de diverses personnes qui ont assumé de nombreuses tâches, parfois assez ingrates. Je remercie ainsi tout particulièrement Madame Nathalie Coisman, responsable des événements à la Faculté de Philosophie, Arts et Lettres.

 Merci aussi

-   au Professeur Dominique Longrée qui a assuré la lecture de la version et à Madame Muriel Lenoble qui en a assuré la correction collective.

 -    aux membres du Comité organisateur. Je tiens ici à témoigner une immense gratitude à Christelle Decroës, qui, depuis 6 ans (déjà !) qu’elle a repris le flambeau , ou devrais-je dire le fardeau du secrétariat et de la trésorerie, ne ménage ni son temps ni son énergie pour assurer les multiples tâches inhérentes à l’organisation du concours. Vous n’imaginez pas les heures de travail nécessaires à l’équipe organisatrice pour rendre tout ceci possible. Merci donc aussi à Eric, Jean-Claude, Paul, Michel,...

 Je remercie également tous les professeurs venus aujourd'hui à Louvain-la-Neuve tant pour encadrer les élèves et les soutenir moralement dans leur travail, que pour corriger les copies. Un travail de correction ô combien ardu rendu possible par la compétence et l'entraide de toute une équipe.

Et enfin merci aux  592  élèves qui ont envahi les auditoires ce matin.

Ils apportent une réponse cinglante à ceux qui les imaginent tous issus de milieux favorisés, tous destinés à devenir juristes, médecins ou ingénieurs… Bon nombre de ces élèves, dont le milieu familial ou les intérêts immédiats ne les disposaient pas a priori à étudier le latin, ont aujourd’hui la chance de connaître les richesses de cette formation, parce qu’ils ont eu la possibilité de s’y initier sérieusement dès 12 ans.

 L’objectif de nos « rencontres latines » est, avant toute autre préoccupation, de réunir des jeunes de tous horizons, quel que soit leur niveau, pour leur faire vivre que l'étude du latin ne se résume pas à leur classe dans leur école, mais peut rassembler les foules.

Cela dit, les « Rencontres latines » sont aussi un concours de version. Et tout concours doit avoir ses lauréats, qu'il a bien fallu sélectionner.  C'est là aussi une école de vie, car il serait hypocrite, irresponsable, criminel, de laisser croire aux jeunes que tout pourrait se gagner sans effort, sans qu’ils soient les principaux acteurs de leur propre avenir... Tout comme sont sélectionnés les jeunes artisans qui participent aux WorldSkills, le mondial des métiers, où est envoyée l’élite de l’enseignement qualifiant. Juste une question : pourquoi le soupçon ou le discrédit sont-ils si souvent de mise quand on parle d’élite intellectuelle ([15]) ?

 Les 6 premiers lauréats d’aujourd’hui auront la chance de se rendre à Arpino, en compagnie de 12 condisciples francophones et néerlandophones pour représenter la Belgique à la 39ème édition du Certamen Ciceronianum Arpinas, le concours de version latine européen d’Arpino.

Voir ainsi le village natal de Cicéron accueillir plusieurs centaines de jeunes issus des quatre coins de l'Europe est une preuve supplémentaire de l'intérêt et de l'actualité de l'étude des textes anciens dans notre Europe en permanente évolution.

 Permettez-moi de lancer une dernière salve de remerciements à toutes les personnalités et organisations qui nous ont fait part de leur sympathie et de leur soutien et qui, dans un contexte économique difficile, nous permettent d'offrir ce soir de nombreux prix. Je vous épargnerai ici une énumération fastidieuse, en vous renvoyant au palmarès qui contiendra la liste de notre comité d’honneur et de nos « mécènes » ou « sponsores »  ([16]). On y trouve de nombreuses personnalités des mondes politique, diplomatique, académique, juridique, ecclésiastique, et bien sûr, pédagogique,…

 


([1])      Le Point, n° 2381, 19 avril 2018, pp. 54-57.

([2])      Sciences humaines, n° 312, mars 2019, pp. 30-57.

([3])      https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/31/la-politique-option-latin-grec_5403880_3232.html.

([4])      Le Vif, n° 1, 3 janvier 2019.

([5])      La Libre, lundi 11 mars 2019 : https://www.lalibre.be/debats/opinions/aux-oubliettes-le-latin-et-le-grec-5c855d087b50a607249ec7d4.

([6])      « Sommes-nous condamnées par nos gènes ? »  in La Libre, 19 février 2011.

([7])      Citée par Xavier Zeegers, « Jacqueline de Romilly est partie, le monde s’est appauvri. »  in La Libre, 02 février 2011.

([8])      J. Ph. Mogenet : http://www.levif.be/actualite/belgique/20-janvier-une-date-cruciale-pour-l-avenir-de-l-enseignement-du-latin/article-opinion-782687.html.

           A rapprocher de l’opinion de Julien Claeys Bouuaert (La Libre, 17/01/18) : « Pendant qu’eux (les Chinois) les apprennent, nous abandonnons ces langues et semblons avoir honte du message qu’elles portent. Demandons-nous alors non seulement s’il faut conserver le latin et le grec, mais aussi comment et pourquoi les enseigner : car si nos élèves, après de longues années d’étude, ne peuvent que difficilement déchiffrer quelques textes comme s’il s’agissait de casse-tête, le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle. L’expérience ici reportée montre en revanche que ces langues, approchées de manière différente, peuvent rester une source indispensable pour former nos jeunes et faire vivre notre société. » (http://www.lalibre.be/debats/opinions/quand-les-chinois-craquent-pour-le-latin-opinion-5a5e25bbcd70b09cefaef0ca)

([9])      En bref, pour ne parler que du latin, un élève sortait des Humanités traditionnelles en comptabilisant, sur les six années, 38h/semaine de latin ; en 2006, ce total sur six ans était généralement ramené à 22h, voire moins. Avec le tronc commun allongé, on en arrive à maximum 16h…

([10])    Carte blanche dans « Le Soir plus » (17/01/2018) : http://plus.lesoir.be/134527/article/2018-01-17/le-tronc-commun-nest-pas-la-solution

([11])    http://www.lesoir.be/134014/article/2018-01-15/willy-borsus-lallongement-du-tronc-commun-est-une-erreur-fondamentale

([12])    http://plus.lesoir.be/134377/article/2018-01-16/pacte-dexcellence-les-resistances-au-tronc-commun

([13])   https://www.lesoir.be/art/d-20160223-G63Z79

([14])    Carole Barjon, journaliste française et parent d'élèves, a mené une enquête approfondie : "Mais qui sont les assassins de l'école?" (Robert Laffont, 2016). Cette femme révoltée conclut : ceux qui voulaient rendre l'école moins inégalitaire en sont arrivés à la rendre injuste.

([15])  

Tout récemment (Le Vif.be 26/02/18), J.M. Pironet parle d’ « élitarisme » : http://www.levif.be/actualite/belgique/pacte-d-excellence-pourquoi-pas-elitaires/article-opinion-804979.html, citant Claude Javeau : « Quand tout se vaut, rien ne vaut ».

En 2008 à Namur, j’avais cité les propos de Philippe Dembour, un père de famille, responsable en outre d’une école de devoirs et donc en contact direct avec des jeunes en difficulté scolaire. Cela ne l’empêche pas d’affirmer : « Nous croyons qu’un pays a besoin d’une élite, pas d’une élite suffisante et arrogante, mais d’une élite d’humilité et de conviction, pas d’une élite qui vise à préserver ses privilèges, mais d’une élite qui se soucie de servir le bien commun, pas d’une élite fermée fondée sur une situation figée et des droits acquis, mais d’une élite mouvante combinant les trois valeurs du cœur, de l’intelligence et du sens de l’effort » (A chaque enfant, son école, dans La Libre Belgique, 12 décembre 2007). Le sociologue Claude Javeau ne pense pas différemment quand il définit l’élite comme « l’ensemble des personnes, de toutes conditions, sexes ou âges qui cherchent à mettre au maximum leur intelligence au service de l’émancipation », laquelle se définit comme « le phénomène à visée collective qui consiste à fournir au plus grand nombre les outils qui devraient leur permettre de jouir le plus librement possible de leur passage sur terre «  (Eloge de l’élitisme, Le grand miroir, 2002, p. 11-13).

 ([16])    Palmarès, sponsors, etc …  des mots français bien latins ! (cf. J. Gaillard, Vrbi et orbi. Le latin est partout, Plon, 2000).

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Donateurs

Pour l’attribution des prix 

XXX

l'Association Européenne Des Enseignants-Enseignement Libre (prix de 400 euros (www.aede-el.be)
la dération
Royale des Professeurs de Grec et de Latin (prix de 300 euros attribué au premier lauréat)
les établissements scolaires du Diocèse de Liège
les établissements scolaires du Diocèse de Malines-Bruxelles
les établissements scolaires du Diocèse de Namur-Luxembourg
les établissements scolaires du Diocèse de Tournai

XXX

Les dons en espèces contribueront à financer le voyage à Arpino des lauréats sélectionnés pour le "Certamen Ciceronianum".

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