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Rencontres Latines - 2020

Avec les soutiens de :            du Fonds Alexis Lienard géré par la Fondation Roi Baudouin

 












Présentation du concours et Programme de la journée
Texte de la version
Traduction de la version
Résultats
Organisateurs, comité scientifique, comité d'honneur
Allocution du Président des "Rencontres latines"
Donateurs
La presse

 

La 35e édition des "Rencontres latines – Concours de version latine "Marius Lavency" s'est déroulée le mercredi 11 mars 2020 de 09h00 à 13h00 à l'Université de Namur rue de Bruxelles 61, B-5000 Namur, Belgique. Ce concours est destiné aux élèves de 6ème option latin.
Plus de 450 élèves  de 6e de l'enseignement libre francophone et germanophone ont répondu à l'appel.
Bravo à tous les participants !

Université de namur
http://www.unamur.be
Pour s'y rendre  :
Namur     Campus Documents à télécharger en version imprimable :

1er envoi (cliquez ici pour 1 & 2 / cliquez ici pour 3  / cliquez ici pour 4)
  1. l'invitation adressée aux directions des établissements d'enseignement secondaire de l'enseignement libre francophone et germanophone
  2. l'invitation aux professeurs de langues anciennes
  3. un bulletin d'inscription des élèves
  4. un bulletin d'inscription comme surveillant (le matin), correcteur (l'après-midi)
2ème envoi

Présentation du concours et Programme de la journée

L'objectif principal est de permettre à de jeunes latinistes de tous horizons de se rencontrer autour d'un texte de Cicéron et de se mesurer avec lui. Tous les élèves de 6ème option latin désireux de prendre part au concours sont donc invités, quel que soit leur niveau de compétence. Le concours permettra en outre, en principe, de sélectionner les participants au concours international de version latine à Arpino (Italie). Une partie des frais de séjour et le voyage sont à charge du participant et/ou de l'école. 

Le Comité organisateur se permet d’insister sur la nécessité d’une motivation sérieuse sur base d’un engagement volontaire de la part des élèves participants. Veuillez insister sur le fait qu’il s’agit bien d’un concours et non d’un examen (cf. règlement).

 

dès 9h : accueil des participants
10h : début de la version (extrait d'une œuvre de Cicéron ; grammaire, dictionnaire et lexique autorisés, pas de
                                                     notes de cours)
13h : fin du concours - début des corrections
14h30 : activités pour les élèves
16h30 : correction collective pour les élèves
17h30 : proclamation des résultats

(sommaire)

Texte de la version

Le pouvoir des mots - Die Macht der Wörter

Dans le ‘Brutus’, composé en -46, Cicéron retrace l’histoire de l’éloquence. Il s’y adresse à ses deux amis, Atticus et Brutus. Pour lui, la rhétorique est un art suprême, très complexe, capable du pire comme du meilleur…
In dem 46 v. Chr. entstandenen "Brutus" schildert Cicero die Geschichte der Beredsamkeit. Er wendet sich an seine beiden Freunde, Atticus und Brutus. Für ihn ist Rhetorik eine hohe Kunst, die sehr complex ist und sowohl das Schlimmste als auch das Beste kann...

Hoc sine ullā dubitatione confirmauerim, siue illa arte pariatur aliquā siue exercitatione quādam siue naturā, rem unam esse omnium difficillimam. (…) Testis est Graecia. (…)  In quam cum intueor, maxime mihi occurrunt, Attice, Athenae tuae, quā in urbe primum se orator extulit primumque monumentis et litteris oratio est coepta mandari. (…)

 

Cicéron évoque ici les origines de l’éloquence athénienne, jusqu’à Thémistocle, Périclès et Thucydide
Cicero spricht hier von den Ursprüngen der athenischen Beredsamkeit, die bis zu Themistokles, Perikles und Thukydides zurückreichen

 

Vt intellectum est quantam uim haberet accurata oratio, tum etiam magistri dicendi multi exstiterunt. Tum Gorgias, Protagoras, Hippias in honore magno fuerunt ; aliique multi temporibus eisdem docere se profitebantur, arrogantibus sane uerbis, quemadmodum causa inferior dicendo fieri superior posset. His opposuit sese Socrates, qui subtilitate quādam disputandi refellere eorum instituta solebat. Huius ex uberrimis sermonibus exstiterunt doctissimi uiri primumque tum philosophia, non illa de naturā, quae fuerat antiquior, sed haec, in quā de bonis rebus et malis deque hominum uitā et moribus disputatur, inuenta [esse] dicitur.

Cicéron,  Brutus, 25-26 + 30-31

l. 1 : confirmare, o, aui, atum :  affirmer, garantir ; 

         hoc (acc. nt. sg.) annonce la prop. infinitive

          illa = eloquentia (nom. f. sg.) ;  parere, io, peperi,  partum :  produire, engendrer

l.  3 : quā in urbe = urbs in quā…   ;   

l.  4 : monumentis  mandare : confier au souvenir, à la mémoire

l.  6 : exsistere, o, stiti, -  :  sortir, naître, se montrer, se manifester

l.  7 : se profiteri : se faire fort de   ;   sane, adv. : vraiment, réellement, absolument

  l.  8 : sese = se

  l.  9 : refellere, o, felli, -  :  réfuter  ;  instituta, orum, nt. pl :  les principes, les théories  ;  uber, eris, adj. : plein, riche

  l. 10-12: disputatur (passif impersonnel) : on discute, on traite   ;   philosophia … inuenta [esse] dicitur

  

 z. 1: confirmare, o, aui, atum :  bestätigen, garantieren;   hoc (acc. nt. sg.)  leitet den Infinitivsatz ein.              illa = eloquentia (nom. f. sg.); parere, io, peperi, partum :  produzieren, hervorbringen

z. 3 :  quā in urbe… = urbs in quā…   ; 

z.. 4 :  monumentis mandare : der Erinnerung anvertrauen

z. 6 : exsistere, o, stiti, -  :  herauskommen, geboren werden, sich zeigen, offenbar werden

z. 7 : se profiteri : prahlen, sich anheischig machen etwas zu tun ; sane, adv. : wirklich, absolut

z. 8 : sese = se

z. 9: refellere, o, felli, -  :   widerlegen ; instituta, orum, nt. pl :  Prinzipien, Theorien ;  uber, eris, adj. : voll, reich

z. 10-12: disputatur (unpersönliches Passiv): man diskutiert, man behandelt; philosophiainuenta [esse] dicitur


(sommaire)

Traduction de la version

Traduction du 1er lauréat 

Sans aucun doute, j’affirmerais que l’éloquence, qu’elle soit le produit de quelque talent, le résultat d’exercices ou un don de la nature, est la discipline la plus difficile de toutes. (…)

La Grèce en est le témoin. (…) Lorsque je me tourne vers cette contrée, c’est l’Attique, ta chère ville d’Athènes, qui me vient surtout à l’esprit, cette cité qui, la première, a vu un orateur s’exalter et dans laquelle, pour la première fois, la rhétorique a commencé à imprégner les mémoires et la littérature.
(…)

Quand on comprit que l’éloquence, affinée, pouvait apporter une puissance ô combien importante, alors beaucoup de professeurs de rhétorique se manifestèrent. Alors Gorgias, Protagoras et Hippias furent grandement honorés. Et beaucoup d’autres, à la même époque, se firent forts d’enseigner, selon leurs propres mots, comment une cause trop mauvaise pouvait, grâce à la rhétorique, se magnifier. A ces enseignants Socrate s’opposa, lui qui, en usant d’une certaine finesse dans la discussion, avait l’habitude de réfuter leurs principes. De ses enrichissantes discussions naquirent des hommes très instruits et alors, pour la première fois, la philosophie, pas celle qui traite des faits de la nature, dont les débuts remontent à plus loin, mais celle qui aborde le bien et le mal, la vie et les mœurs des hommes, fut inventée, dit-on.

Traduction, "Les Belles Lettres" 
(Traduction de Jules Martha, Les Belles Lettres, 1923
)

(Mais) il est une chose que sans l’ombre d’une hésitation je puis affirmer, c’est que, qu’on la considère ou comme le produit d’un art ou comme le résultat d’une certaine pratique ou comme l’effet d’une disposition naturelle, il n’y a rien au monde qui soit plus difficile. (…)

Témoin la Grèce. (…) Quand je considère la Grèce, ce qui attire surtout mes regards (et se détache, pour ainsi dire, en pleine lumière), c’est ta chère Athènes, Atticus, la ville où pour la première fois un orateur s’est élevé, où pour la première fois l’écriture a conservé le souvenir d’un discours. (…)

Dès que l’on eut compris tout l’effet d’un discours fait avec soin (et artistement travaillé), alors on vit naître aussi, soudainement, tout un monde de maîtres d’éloquence. Alors Gorgias (de Leontini), (Thrasymaque de Chalcédoine), Protagoras (d’Abdère), (Prodicus de Céos), Hippias (d’Elis), acquirent une grande réputation. D’autres, à la même époque, se faisaient forts, avec une grande arrogance, d’enseigner comment la cause inférieure (pour employer leur expression) pouvait, à l’aide de la parole, devenir la cause supérieure. C’est à ceux-ci que s’en prit Socrate, qui par certains procédés ingénieux de discussion avait coutume de réfuter leurs théories. Socrate, par ses conversations si pleines de choses, forma une foule de disciples très savants : et c’est à lui qu’on attribue la première idée de la philosophie, non pas de la philosophie qui a pour objet la nature –celle-là est plus ancienne- mais de la philosophie qui traite du bien et du mal et qui donne des principes de conduite et de morale.

Cicéron,  Brutus, 25-26 + 30-31

Traduction "Itinera electronica"
(Traduction de François Richard, Garnier, 1934)

Ce que, sans hésiter, je puis affirmer, c’est que, acquise par l’art, la pratique ou les dons naturels, c’est la chose du monde la plus difficile. (…)

Je prends la Grèce à témoin. (…) Quand j’observe la Grèce, je rencontre d’abord (et vois briller d’un vif éclat), ta chère Athènes, Atticus, où s’est, pour la première fois, révélé un orateur, et où, pour la première fois, un discours fut confié à l’écriture. (…)

Quand on eut compris tout ce que gagnait en force un discours soigné (et travaillé), alors apparurent, brusquement et en grand nombre, les professeurs d’éloquence. Gorgias (de Leontium), (Thrasymaque de Calcédoine), Protagoras (d’Abdère), (Prodicus de Céos), Hippias (d’Elis), furent en honneur. Plus d’un, à cette époque, faisait profession d’enseigner, en termes arrogants, comment une mauvaise cause (c’est le terme qu’ils employaient) pouvait, grâce à l’éloquence, devenir bonne. Socrate se dressa devant eux : avec la finesse qu’il apportait dans la discussion, il réfutait leurs systèmes. Ses entretiens si nourris formèrent plusieurs savants et, pour la première fois apparut la philosophie, non pas celle, plus ancienne, qui s’occupe de la nature, mais celle qui a trait au bien et au mal, à la vie humaine, à la morale.


Cicéron,  Brutus, 25-26 + 30-31

(sommaire)

Résultats

   1. CLARA Tom, Institut du Sacré-Cour (Durbuy).

   2. BONNENBERGER Noah, Institut de la Vallée Bailly (Braine-L'Alleud).

   3. MOUCHENIER Louis, Institut Saint-Louis (Namur).

   3. FONTAINE Loïc, Collège Sainte-Marie (Mouscron).

   5. HUBERT Emmanuel, Sacré-Coeur de Lindthout (Woluwé-Saint-Lambert).

   6. PATOUX Jules, Collège Saint-Pierre (Uccle).

   6. BINI Axelle, Institut Saint-Louis (Namur).

   8. PROVINS Camille, Collège Saint-Vincent (Soignies).

   8. LI Benjamin, Centre-Scolaire Saint-Michel (Etterbeek).

10. BODALAMENTI Eva, Collège Saint-Augustin (Gerpinnes).

11. MAURIELLO Marie, Collège St Augustin (Enghien).

12. DESTER Fannie, Saint-Roch (Ferrières).

12. UFFELMANN Clara, Pater Damian Sekundarschule (Eupen).

14. DEBROUX Adèle, Institut de la Providence de Champion (Namur).

15. PÊTRE Gabriel, Institut Saint-Louis (Namur).

16. ACHAB Malak, Institut Saint-Dominique (Bruxelles).

17. MAIETTI Sara, Collège Saint-Louis (Waremme).

17. DE CONINCK Manoëlle, Collège du Christ-Roi (Ottignies).

19. de SURAY Astrid, Lycée Martin V (Louvain-La-Neuve).

19. VANDESTRATE Adèle, Collège Saint-Augustin (Enghien).

19. DECANNIÈRE Gilles, Centre-Scolaire Saint-Michel (Etterbeek).

Ont obtenu une mention :

ARCHER Julien

BAUER Giulia

BEGHUIN Mathias

BLONDIAU Adeline

DELSAUT Sacha

DEPREZ Coralie

DESCHEPPER Charlotte

DE WISPELAERE Julien

DE WISPELAERE Thomas

DOYE Clément

DUCARME Colin

FERNANDEZ GARCIA Gloria

GASHI VANDENHOVE Elfie

HAYEZ Céline

HENDRICKS Ella

LECARDONNEL Clara

LECONTE Clara

LEYDER Antoine

MOSCHINI Clara

RAUW Juliette

RUELLE Camille

SMIRNOV Stepan

STRAUWEN Thomas

STRIMELLE Chloé

TAES Robin

VANDE POPULIERE Théotime

VANGANSBEK Grégory

VANMULLEM Charlotte

VERSCHEURE Ingrid

VIENNE Kilian

VLICK Maya

WILLAME Emma

 




(sommaire)

Organisateurs, comité scientifique, comité d'honneur

Président d’honneur
Yves TINEL (Fondateur des « Rencontres latines ») 

Président
Didier XHARDEZ (Professeur à l'Université Saint-Louis -Bruxelles et sous-directeur au Collège Saint-Michel-Bxl)

Comité scientifique :
+ Marius LAVENCY (Professeur émérite de l’UCL et à l' USL)
+ Etienne EVRARD (Professeur honoraire de l’ULg)
Dominique LONGREE (Professeur à l'ULg  -  Professeur à l'USL)
Muriel LENOBLE (Docteur en Langues et Littératures classiques)
Paul PIETQUIN (Chargé de cours à l'ULg)
+Gérard SCHOUPPE (ancien Conseiller pédagogique en Langues anciennes, professeur au Collège Saint-Michel)

Comité organisateur :
Christelle DECROËS
Jean-Claude DUPONT
Noëlle HANEGREEFS
Michel ROSSEEL
Eric SCARPA

(sommaire)

Comité d'honneur :

 

(sommaire)

Allocution du Président des "Rencontres latines", Monsieur Didier XHARDEZ

Voici la version quelque peu remaniée de l’allocution prononcée par D. Xhardez à l’occasion de la proclamation des résultats de la 3e édition des « Rencontres latines », le mercredi 1 mars 20, à l’Université de Namur.

 Au nom de l'équipe organisatrice de la 35ème édition des "Rencontres latines", je vous remercie de votre présence à cette proclamation. Bien sûr, l'affluence n'est pas aussi impressionnante que celle de ce matin, sans doute à cause de l'heure tardive et d’une météo peu clémente (non, je n’invoquerai pas le coronavirus, cuisiné à toutes les sauces ces jours-ci !).

Mais clôturer cette journée dans la foulée directe du concours et des corrections, devant un public de choix, est pour nous la meilleure manière de couronner cette journée destinée à rassembler, autour du latin, élèves, professeurs et personnalités.

 Ce sont donc plus de 400 rhétoriciens latinistes qui ont envahi les auditoires et qui, cette année encore, ont relevé le beau défi de la version latine.

Le texte soumis à la sagacité des élèves ce matin était tiré du « Brutus », l’un des nombreux ouvrages que Cicéron consacre à l’art de l’éloquence.

Nous avons intitulé ce texte « Le pouvoir des mots » (titre prémonitoire, si on y voit le pouvoir des « maux »…)

Dans son Brutus, Cicéron rappelle combien un bon orateur se doit d’être formé à plusieurs disciplines : grammaire, littérature, philosophie, droit, histoire,… Autant de  compétences bien actuelles, au programme de nos Humanités et de ce que nous appelons toujours chez nous la RHETORIQUE (terme bien plus évocateur et riche que l’insipide « terminale » de nos voisins Français, chez qui l’école de Jules Ferry consacra le reflux de l’oral au profit de l’écrit…).

Est-ce donc un hasard si le chemin menant à l’Université passe par cette rhétorique ? Est-ce un hasard si la couverture du magazine « Le Point » du 19 avril 2018 était consacrée à l’art de convaincre, en désignant Cicéron comme « le meilleur coach pour parler en public » ([1]) ?

Est-ce un hasard si le premier numéro de 2019 du magazine « Le Vif » s’intitulait « Grèce antique : pourquoi il faut s’en inspirer » ([2]) ?

Est-ce un hasard si le journal « Le Monde » intitula l’an dernier son supplément « Idées »  « La politique, option latin-grec », en le sous-titrant : « L’Antiquité revient sur la place publique avec ses termes et ses concepts » ([3]).

Permettez-moi de citer les premières lignes de ce dossier du Monde :
« Le jupitérien Emmanuel Macron en est sans doute convaincu : la roche Tarpéienne est proche du Capitole, il n’y a qu’un pas de la réussite à l’échec. Lui qui est né à la politique parce qu’il avait saisi le bon moment est maintenant puni pour sa démesure. Du kairos à l’hubris. (…) Ce goût pour l’antique est le symptôme de la crise que nous traversons –crise politique, mais aussi, plus profondément, crise démocratique, qui nous contraint à questionner en profondeur nos institutions. Après tout, si Athènes a inventé le pouvoir du peuple (« democratia »), Rome a fondé la République (« res publica »). »  (fin de citation)

Est-ce un hasard si le dossier de la revue "Sciences humaines" de mars 2019 était consacré à l’art de parler [4] ?

Et est-ce un hasard si l’extrait du Brutus à traduire ce matin correspond si bien à l’introduction de ce dossier :

Cicéron écrit en effet :
 
« Quand on eut compris tout ce que gagnait en force un discours soigné, alors apparurent, brusquement et en grand nombre, les professeurs d’éloquence. Gorgias, Protagoras, Hippias, furent en honneur. Plus d’un, à cette époque, faisait profession d’enseigner, en termes arrogants, comment une mauvaise cause pouvait, grâce à l’éloquence, devenir bonne. Socrate se dressa devant eux : avec la finesse qu’il apportait dans la discussion, il réfutait leurs systèmes. Ses entretiens si nourris formèrent plusieurs savants et, pour la première fois apparut la philosophie, non pas celle, plus ancienne, qui s’occupe de la nature, mais celle qui a trait au bien et au mal, à la vie humaine, à la morale. » ([5]) 

Ce qui correspond très bien à :
Savoir s’exprimer de manière claire et convaincante a toujours constitué une qualité humaine essentielle. Dans la Grèce antique, les sophistes érigèrent les bases de l’éloquence dans le but de persuader les auditoires des assemblées politiques et lors des procès en justice. La quête de vérité n’était pas leur objectif premier. Ils furent d’ailleurs sévèrement critiqués par les philosophes Socrate et Platon qui cherchaient avant tout à révéler le vrai par le discours. C’est dans cette tension entre vérité et persuasion que s’est construit l’art oratoire. Aristote, Cicéron ou Quintilien vinrent clarifier le débat en énonçant les principes de la rhétorique.

Avec cette conclusion :
Ces fondements aujourd’hui millénaires n’ont quasiment pas été contestés depuis. (…) Plus qu’un don, l’éloquence est un art, avec ses techniques et ses codes. La mise en place prochaine d’un grand oral lors des épreuves de baccalauréat atteste de le reconnaissance de cet art, dont la maîtrise s’avère cruciale dans notre société.
([6])

 Est-ce un hasard enfin si un professeur de philosophie de cette Université écrivait récemment dans La Libre sous le titre « Restaurons le pouvoir de la parole » ([7]) :

« Lorsque nous prêtons attention aux modes de communication qui façonnent notre quotidien (publicités, réseaux sociaux, Internet), avec leur lot de slogans, d’opinions toutes faites et de fake news, nous nous rendons compte que, tout près de nous aussi, la parole perd souvent de sa valeur communicative et qu’elle devient impuissante à dire le vrai, le bon, le beau, incapable de nouer des relations authentiques entre les interlocuteurs et d’engendrer un monde commun »

 Non bien sûr, il n’y pas de hasard dans tout cela !!

Et pourtant…

En 2006, il y a déjà 13 ans, lors de la proclamation de ce même concours de version latine, je citais Gilbert Sinoué qui, dans son roman « L’enfant de Bruges, écrit : « Comment convaincre les esprits figés que toutes les sources du savoir viennent de Rome, de Grèce, qu'il n'y a rien de blasphématoire dans la volonté d'exhumer les sculptures profanes et de rétablir les écrits de Pline, Platon, Apulée, Sénèque ? ».

2006, c’était l’époque du Contrat stratégique de la Ministre Arena qui fit du latin une « activité complémentaire » au 1er degré, avec une réduction d’heures et l’interdiction absolue d’y enseigner des prérequis.  

En 2016, j’avais souligné qu’en Belgique, en Fédération Wallonie-Bruxelles comme en Flandre, n’avait pas encore été faite l’erreur irréversible dans laquelle se sont engagés par exemple les Français : celle de faire des langues anciennes des matières périphériques et devenues quasi moribondes. Et j’avais eu plaisir à citer la Ministre Milquet qui affirmait dans une réponse à une question parlementaire en Commission de l’éducation : « Je pense qu’il faut en premier lieu garder ces options. Il vaut mieux ne pas imiter les aventures françaises ».

Comment comprendre alors que le « Pacte d’excellence » se soit entêté à vouloir imiter le Collège unique français, en allongeant jusqu’à 15 ans un tronc commun dans lequel 2 x 2 heures (au mieux) resteraient accordées au latin en 2e et 3e années en renforcement de l’apprentissage du français ([8]). Selon l’Inspecteur Mogenet, ces 4 heures sont « une peau de chagrin qui ne permettra plus qu’une approche superficielle d’une discipline jusqu’ici exigeante et formatrice ».

C’est ainsi que, depuis 1970 et l’instauration du rénové, les langues anciennes n’ont cessé de voir diminuer le volume-horaire dévolu à leur enseignement. Aucune discipline n’a jamais subi telle injustice !  ([9])

Et pourtant :
« Le tronc commun n’est pas la solution
 », écrit l’ancien ministre Pierre Hazette([10])

« Je suis contre le tronc commun, c’est une erreur fondamentale », s’écriait en janvier 2018 Willy Borsus, alors Ministre-Président de la Région wallonne.  ([11])

« Il ne suffit pas d’un tronc commun pour gommer les inégalités, pas plus que son absence n’est seule à les créer », écrivait aussi le philosophe de l’ULB, Vincent de Coorebyter. ([12])

Mais la papesse de l’allongement du tronc commun et ses sbires ont eu gain de cause, en brandissant les études scientifiques se référant à la Pologne ou à la sacro-sainte Finlande dont les contextes linguistiques, culturels et sociologiques sont bien sûr identiques aux nôtres…

 Est-ce jouer les Cassandre que de craindre que les langues anciennes ne deviennent moribondes dans l’enseignement secondaire belge francophone, tant la place qui leur est accordée se réduit et semble devenir, comme en France (sauf dans le privé !), une simple consolation offerte aux derniers irréductibles ? Cela alors qu’en Flandre (et donc en Belgique, jusqu’à nouvel ordre), les jeunes latinistes bénéficient toujours d’une formation des plus sérieuses, dès 12 ans.

Certains objecteront (et ils ont aussi raison !) que le latin aurait très bien pu être totalement absent de ce tronc commun. Ils insisteront sur le fait que les 2 x 2 heures envisagées sont obligatoires, ce qui élargit la base de recrutement pour les trois années suivantes. ([13])

L’avenir dira si cet optimisme donnera tort à Cassandre… On ne peut que l’espérer, plutôt que de pleurer…

Mais trêve de réflexion, revenons à des choses plus réjouissantes !

 Gratia mater uirtutum, « la gratitude est la mère des vertus ». Mon devoir et mon plaisir sont maintenant de remercier tous ceux sans lesquels cette journée n'aurait pu se dérouler dans les meilleures conditions.

 Permettez-moi de saluer tout particulièrement

-          Yves Tinel, le Président-fondateur des "Rencontres latines, qui les a portées sur les fonts baptismaux en 1985. Il est accompagné de Monsieur Marco Tullio, President des Laziali nel mondo, l’association qui réunit tous les Italiens originaires du Latium, la région de Rome et d’Arpino, deux cités bien sûr étroitement liées à notre concours.          

-          le Recteur de l’Université de Namur, cette belle institution que je remercie vivement de nous avoir à nouveau accueillis : ouvrir ses murs à plusieurs centaines d'élèves est un réel défi qui a pu être relevé d’abord grâce au soutien des autorités universitaires, mais aussi grâce au travail de diverses personnes qui ont assumé de nombreuses tâches, parfois assez ingrates. Je remercie ainsi tout particulièrement le Doyen de la Faculté de Philosophie et lettres, David Vrydaghs et Madame Emilie Debu, secrétaire de cette même Faculté.

 Merci aussi

-         au Professeur Dominique Longrée qui a assuré la lecture de la version et à Madame Muriel Lenoble qui en a assuré la correction collective.

 -          aux membres du Comité organisateur. Je tiens ici à témoigner une immense gratitude à Christelle Decroës, qui, depuis 7 ans (déjà !) qu’elle a repris le flambeau , ou devrais-je dire le fardeau du secrétariat et de la trésorerie, ne ménage ni son temps ni son énergie pour assurer les multiples tâches inhérentes à l’organisation du concours. Vous n’imaginez pas les heures de travail nécessaires à l’équipe organisatrice pour rendre tout ceci possible. Merci donc aussi à Eric, Jean-Claude, Paul, Michel,...

 Je remercie également tous les professeurs venus aujourd'hui à Namur tant pour encadrer les élèves et les soutenir moralement dans leur travail, que pour corriger les copies. Un travail de correction ô combien ardu rendu possible par la compétence et l'entraide de toute une équipe.

Et enfin merci aux 405 élèves qui ont envahi les auditoires ce matin.

 L’objectif de nos « rencontres latines » est, avant toute autre préoccupation, de réunir des jeunes de tous horizons, quel que soit leur niveau, pour leur faire vivre que l'étude du latin ne se résume pas à leur classe dans leur école, mais peut rassembler les foules.

Cela dit, les « Rencontres latines » sont aussi un concours de version. Et tout concours doit avoir ses lauréats, qu'il a bien fallu sélectionner.  C'est là aussi une école de vie, car il serait hypocrite, irresponsable, criminel, de laisser croire aux jeunes que tout pourrait se gagner sans effort, sans qu’ils soient les principaux acteurs de leur propre avenir... Tout comme sont sélectionnés les jeunes artisans qui participent aux WorldSkills, le mondial des métiers, où est envoyée l’élite de l’enseignement qualifiant. Juste une question : pourquoi le soupçon ou le discrédit sont-ils si souvent de mise quand on parle d’élite intellectuelle ([14]) ?

Les 6 premiers lauréats d’aujourd’hui auraient dû avoir la chance de se rendre à Arpino, en compagnie de 14 condisciples francophones et néerlandophones pour représenter la Belgique à la 40ème édition du Certamen Ciceronianum Arpinas, le concours de version latine européen d’Arpino.

Malheureusement la crise du Coronavirus qui frappe si durement nos amis italiens a contraint les organisateurs du Certamen à reporter cette 40e édition à … 2021. Une première donc en 40 ans. Une « annus horribilis » pour reprendre l’expression de la Reine Elisabeth II à propos de l’année 1992.

 Voir le village natal de Cicéron accueillir plusieurs centaines de jeunes issus des quatre coins de l'Europe est une preuve supplémentaire de l'intérêt et de l'actualité de l'étude des textes anciens dans notre Europe en permanente évolution.

 Permettez-moi de lancer une dernière salve de remerciements à toutes les personnalités et organisations qui nous ont fait part de leur sympathie et de leur soutien et qui, dans un contexte économique difficile, nous permettent d'offrir ce soir de nombreux prix. Je vous épargnerai ici une énumération fastidieuse, en vous renvoyant au palmarès qui contiendra la liste de notre comité d’honneur et de nos « mécènes » ou « sponsores »  ([15]). On y trouve de nombreuses personnalités des mondes politique, diplomatique, académique, juridique, ecclésiastique, et bien sûr, pédagogique,…


([1])      Le Point, n° 2381, 19 avril 2018, pp. 54-57.

([2])      Le Vif, n° 1, 3 janvier 2019.

([3]) https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/31/la-politique-option-latin-grec_5403880_3232.html.

([4])      Sciences humaines, n° 312, mars 2019, pp. 30-57.

([5])      Cicéron, Brutus, §§ 30-31.

([6])      Sciences humaines, n° 312, mars 2019, p. 31.

([8])      Ce à quoi il convient de mettre en garde, selon l’opinion de Marc Vandersmissen (La Libre, 02/03/20) : https://www.lalibre.be/debats/opinions/non-le-latin-n-est-pas-la-bequille-d-une-langue-francaise-en-peril-5e5bd673d8ad58685c4e4f37

([9])      En bref, pour ne parler que du latin, un élève sortait des Humanités traditionnelles en comptabilisant, sur les six années, 38h/semaine de latin ; en 2006, ce total sur six ans était généralement ramené à 22h, voire moins. Avec le tronc commun allongé, on en arrive à maximum 16h…

([10])    Carte blanche dans « Le Soir plus » (17/01/2018) : http://plus.lesoir.be/134527/article/2018-01-17/le-tronc-commun-nest-pas-la-solution

([11])    http://www.lesoir.be/134014/article/2018-01-15/willy-borsus-lallongement-du-tronc-commun-est-une-erreur-fondamentale

([12])    http://plus.lesoir.be/134377/article/2018-01-16/pacte-dexcellence-les-resistances-au-tronc-commun

([13])    Cf. La Libre, 13 février 2020, p. 10 :

                Avec deux heures par semaine pour tout le monde pendant deux ans, on élargit la base de recrutement, se réjouit Paul Pietquin, chargé de cours au service de didactique spéciale des langues anciennes à l’ULiège. Ce n’est plus une option, mais un cours obligatoire. Le référentiel qu’il a contribué à rédiger va dans ce sens. Servi par de bons pédagogues, la latin peut encore passionner beaucoup de jeunes. (…)

                C’est une très belle opportunité de faire découvrir cette matière qu’on accusait autrefois d’être réservée à une élite, insiste Frédéric Dewez, docteur en philologie (UCLouvain), qui a, lui aussi, travaillé sur le référentiel.

([14])    J.M. Pironet  (Le Vif.be 26/02/18), parle d’ « élitarisme » : http://www.levif.be/actualite/belgique/pacte-d-excellence-pourquoi-pas-elitaires/article-opinion-804979.html, citant Claude Javeau : « Quand tout se vaut, rien ne vaut ». En 2008 à Namur, j’avais cité les propos de Philippe Dembour, un père de famille, responsable en outre d’une école de devoirs et donc en contact direct avec des jeunes en difficulté scolaire. Cela ne l’empêche pas d’affirmer : « Nous croyons qu’un pays a besoin d’une élite, pas d’une élite suffisante et arrogante, mais d’une élite d’humilité et de conviction, pas d’une élite qui vise à préserver ses privilèges, mais d’une élite qui se soucie de servir le bien commun, pas d’une élite fermée fondée sur une situation figée et des droits acquis, mais d’une élite mouvante combinant les trois valeurs du cœur, de l’intelligence et du sens de l’effort » (A chaque enfant, son école, dans La Libre Belgique, 12 décembre 2007). Le sociologue Claude Javeau ne pense pas différemment quand il définit l’élite comme " l’ensemble des personnes, de toutes conditions, sexes ou âges qui cherchent à mettre au maximum leur intelligence au service de l’émancipation", laquelle se définit comme "le phénomène à visée collective qui consiste à fournir au plus grand nombre les outils qui devraient leur permettre de jouir le plus librement possible de leur passage sur terre"

(Eloge de l’élitisme, Le grand miroir, 2002, p. 11-13). 

([15])    Palmarès, sponsors, etc …  des mots français bien latins ! (cf. J. Gaillard, Vrbi et orbi. Le latin est partout, Plon, 2000).

 

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Donateurs

Pour l’attribution des prix 

la Fédération des Professeurs de Grec et de Latin (prix de 300 euros attribué au premier lauréat)
l'Association Européenne Des Enseignants-Ens. libre (Prix de l'A.E.D.E. - E.L. : 300 €) (www.aede-el.be)
la Fondation Roi Baudouin 
les établissements scolaires du Diocèse de Liège
les établissements scolaires du Diocèse de Malines-Bruxelles
les établissements scolaires du Diocèse de Namur-Luxembourg
les établissements scolaires du Diocèse de Tournai

Les dons en espèces contribueront à financer le voyage à Arpino des lauréats sélectionnés pour le "Certamen Ciceronianum".

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LA PRESSE

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